Kofi Annan et Didier Drogba font équipe pour lancer « Marquer pour l’Afrique, un guide alternatif de la Coupe du Monde »

Des milliards de personnes se passionnent pour la Coupe du monde de football. Nous aussi ! Et pas seulement parce que nos deux pays ont de très bonnes équipes. Le jeu va être un superbe déploiement de couleurs, de bruit, de talent, de compétitivité, de suspense sportif et de drame humain, sur le terrain et en dehors. Surtout on va beaucoup s’amuser – les équipes, les spectateurs, le monde entier, à regarder ou à écouter en direct, dans des cafés, dans des bars, devant la télévision, devant des écrans publics, des postes de radio, dans le centre des villes et dans les villages les plus éloignés.

La Coupe du monde réunit la planète tout entière plus efficacement que tout traité ou toute convention. Elle affirme notre appartenance commune à l’humanité, à un moment où l’actualité semble prouver le contraire. Durant quelques semaines, nous oublierons les catastrophes, les guerres, le racisme et l’intolérance. Le sport, comme la musique, brise les barrières, remet en cause les stéréotypes. Il nous fait avancer, danser, célébrer.

La diversité des équipes et des pays qu’elles représentent est ce qui fait de la Coupe du monde un événement aussi important. Les principales différences entre les équipes ont moins d’importance une fois que le jeu a commencé. Mais alors que chaque équipe représente les aspirations de millions de leurs concitoyens, chacune, avant d’être sélectionnée, a suivi un parcours différent.

L’objet de ce guide est d’illustrer un aspect de ce parcours – la grande diversité des caractéristiques du pays de chaque équipe africaine et des pays qui vont jouer – du point de vue de leur développement, de leurs relations. Comme le montre ce guide, certains pays sont relativement riches, d’autres pauvres. Ils se heurtent à des difficultés communes, et luttent pour résoudre des problèmes qui à la fois les unissent et les divisent.

Nous avons vu maintes fois comment le sport pouvait transcender les conflits et les tensions les plus profondément enracinés dans un pays donné. Ici, en Afrique du Sud, la Coupe du monde de rugby de 1995 a aidé à unifier le pays et à effacer les profondes séquelles du passé. Notre espoir est que le sport pourra poser des passerelles et aider à surmonter les différences entre pays et même entre continents.

Car le fait est que beaucoup de pays africains et beaucoup de pays en développement sont encore très handicapés. Sur le plan international ils ne sont pas sur un terrain d’égalité, l’arbitre n’est pas impartial et il n’y pas un ensemble de règles acceptées de tous. Bien au contraire : ils sont lourdement pénalisés. Ce qui serait un scandale dans le monde du football est une chose tout à fait courante dans la société des nations.

Ces pays ne sont pas responsables du changement climatique, et pourtant ce sont eux qui en subissent le plus les effets, ce qui rend la vie quotidienne beaucoup plus difficile, insalubre et dangereuse pour des milliards de gens. Les règles mondiales du commerce, de la technologie, de la finance, des migrations, des droits d’auteur, entravent la croissance de leur économie, la lutte contre la pauvreté et le combat mené pour que chacun mange à sa faim, soit correctement soigné. Du fait de ces règles inéquitables, atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement sera beaucoup plus difficile.

Les joueurs et leurs supporters, que ce soit à Midrand, à Manille, Manchester ou Montevideo, comprennent tous l’importance du fair play et d’un arbitre impartial. Nous sommes passionnément convaincus que ces deux principes ne doivent pas se limiter à la façon dont les pays jouent et marquent des points les uns contre les autres, mais qu’ils doivent également s’appliquer à la façon dont ils mènent leurs affaires et leurs relations politiques. C’est pourquoi nous sommes convaincus que l’esprit de la Coupe du monde doit s’étendre aux relations économiques et politiques entre pays, pour qu’enfin la célébration de notre humanité commune ne se borne pas à durer un mois tous les quatre ans.

Nous espérons que ce modeste guide vous dévoilera une autre dimension de la Coupe du monde et qu’une partie du flot de bonne volonté qu’il génère pourra être canalisé et mener à l’avènement d’un monde plus équitable.

Kofi Annan et Didier Drogba