Le G20 face à la réforme du système monétaire international
21 Apr 2011Editorial de Michel Camdessus sur la nécessité de réformer le système monétaire international
7 mars 2011
L’amélioration rapide des perspectives économiques africaines ne doit pas nous faire oublier la nécessité de mieux intégrer le continent dans un système monétaire international réformé. Si, depuis deux ans, l’Afrique a témoigné d’une résilience remarquable aux bouleversements de l’économie mondiale, certains pays et secteurs n’en ont pas moins durement souffert des effets de la crise. Des emplois et des revenus ont été perdus, tandis que la progression vers les Objectifs du millénaire pour le développement a été ralentie, voire inversée, du fait de la diminution des dépenses sociales. Il est aujourd’hui admis que les faiblesses des mécanismes financiers internationaux ont précipité la crise et aggravé les failles des institutions financières, et concouru à leurs échecs en termes de régulation, de contrôle et d’action. La décision du G20 de faire de la réforme du système monétaire international une priorité de son programme en 2011 mérite donc d’être applaudie.
La reconstruction d’un système monétaire plus stable et plus résistant, décidée par le G20 lors de son sommet de Toronto, est une entreprise ardue, qui nécessitera certainement plusieurs années de travail intensif et de nombreux choix difficiles. Alors que la présidence française s’apprête à entreprendre une telle réforme, le Panel a attiré son attention sur la nécessité d’améliorer la représentation de l’Afrique, de renforcer et de rééquilibrer les systèmes de surveillance multilatérale, de garantir une gestion efficace des liquidités au plan international et, enfin, de réformer profondément le Fonds monétaire international en tant qu’institution centrale du système international. Ce sont là des questions cruciales pour le développement de l’Afrique.
La présence africaine devrait être renforcée au niveau des réunions des chefs d’État et à tous les principaux niveaux de l’architecture financière mondiale. Une architecture financière réformée devrait ainsi garantir une représentation juste et équitable de l’Afrique à tous ses niveaux. Il semble souhaitable en outre que les travaux préparatoires des sommets du G20 soient désormais organisés autour des lignes définies par la présidence française, avec notamment la désignation d’éminentes personnalités issues des secteurs privé et public africains pour assurer la présidence d’importants groupes de travail préparatoires.
Pour renforcer la discipline multilatérale, nous devons veiller à ce que la surveillance s’applique non seulement de manière égale à tous les pays, mais aussi à ce qu’elle contribue à prévenir la propagation des déséquilibres économiques et financiers. Pour éviter l’instabilité et les distorsions des taux de change, le FMI doit élaborer des normes et des indicateurs cohérents au niveau mondial pour faciliter l’identification des écarts importants et y remédier rapidement. De la même manière, et compte tenu des effets déstabilisants de l’offre incontrôlée de liquidités sur les économies à revenus faibles ou moyens, il est important de renforcer la gestion des liquidités au niveau mondial et pour y arriver de soutenir les efforts de la Banque des règlements internationaux et du FMI visant à fournir un meilleur système de mesure et de surveillance des liquidités.
Enfin, nous voudrions insister, parmi les aspects fondamentaux d’une réforme en profondeur du FMI, sur la nécessité d’élargir le mandat de l’institution pour inclure, en plus des questions monétaires et relatives aux balances des paiements, les mouvements de capitaux. Il faudrait, de plus, instaurer un mécanisme permanent de financement en temps de crise qui en fasse l’équivalent d’un prêteur international de dernier recours, et renforcer les mécanismes lui permettant de réagir rapidement aux situations d’urgence, telles que les pénuries alimentaires. Le rôle des Droits de tirage spéciaux (DTS) doit enfin être revu à la lumière des leçons de l’allocation de 250 milliards de dollars opérée pendant la crise : leur rôle pourrait être redéfini pour permettre de répondre aux demandes qui peuvent se manifester, comme ce pourrait être le cas, aujourd’hui, pour la facturation des prix des matières premières et du commerce international, sans préjudice de celui d’actif de réserve principal que lui confèrent à plus long terme les statuts du FMI.
Michel Camdessus
Par l’ancien directeur du Fond monétaire international

